L’Ecole Centrale de T.S.F., l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance

L’Ecole Centrale de T.S.F., l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance

Reconstitution au Musée de Radio France du studio de la BBC à Bush House d’où le 18 Juin 1940 le Général de Gaulle lança son appel aux Français pour ne pas capituler et se joindre à lui pour résister à l’ennemi. A gauche la cabine speaker avec le texte de son discours et le micro Marconi-BBC, et à droit la cabine de contrôle. (collection du Musée de Radio France, photos JJ Wanègue)

Paris, 18 Juin 1940, 20 heures. Cela fait quatre jours que les Allemands sont entrés dans Paris. La capitale s’est vidée de la presque totalité de ses habitants depuis une semaine. Ils s’en sont allés sur les routes de l’exode grossir ce flot de millions de personnes errant sans but précis avec pour seul motif le souvenir des atrocités vécues lors de l’offensive allemande de l’été 1914. L’irrésistible avancée de la Wehrmacht se fait chaque jour plus menaçante. Les bombardements de Varsovie, et plus récemment ceux de Rotterdam font redouter le pire. Dans cette chaude soirée de printemps il est un homme qui écoute la radio et qui, probablement lassé des propos lénifiants de la radio nationale, préfère écouter les bulletins d’information de la BBC appréciés par de nombreux Français pour leur qualité et leur précision.

Cet homme, c’est Eugène Poirot, le directeur de l’Ecole Centrale de TSF de la rue de la Lune. Après avoir été mobilisé pour cette drôle de guerre, on lui a demandé de reprendre les commandes de son école afin de former les techniciens et les opérateurs radio dont l’armée a un impérieux besoin. Chaque jour la BBC diffuse plusieurs bulletins en français. Lors du bulletin de 20 h 15 le speaker annonce que le général de Gaulle s’adressera le soir même aux auditeurs français à 22 heures. Peut-être que retenu par ses occupation à l’école, Eugène Poirot n’a pas entendu cette annonce car la France est à GMT -2. Il est donc 18 h15 à Paris. Mais lorsque l’on connait son souci d’être toujours informé et son patriotisme, lui qui est né avec la TSF, on sait qu’il y a dans son bureau un poste de radio balayant les ondes à la recherche des toutes dernières nouvelles.

C’est donc par hasard que ce soir là il est présent pour ce rendez-vous avec l’histoire. La veille, à midi, le Maréchal Pétain s’adresse aux Français depuis les studios de la radio d’Etat Bordeaux-Lafayette. Son message est relayé par toutes les stations de radio encore en état de fonctionner. D’une voix brisée il annonce aux Français : « … C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités … » Refusant de voir la France capituler face à l’ennemi, le général de Gaulle obtient du Premier Ministre britannique, Winston Churchill, la possibilité de s’adresser aux Français.

Bien que les avis divergent sur l’heure exacte à laquelle il lança son appel du 18 Juin, de nombreux éléments concordent pour considérer que le discours qui allait redonner espoir aux Français leur fut adressé à 22 heures, heure de Londres, soit 20 heures pour la France. C’est ainsi qu’il se rend en début de soirée à Bush House au siège de la BBC. Il s’installe dans le studio 4C. Le speaker lui demande de faire un essai pour la voix. De sa voix forte il dit « La France ». Le speaker répond « parfait » comme le rapporte Jean Marin, correspondant de l’agence Havas à Londres et l’une des futures voix de la France libre. Après la lecture du bulletin d’information par le speaker de service, il peut enfin s’adresser aux Français : « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat … Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi … »

Le micro « Marconi/BBC »

Le micro « Marconi/BBC ». Il s’agit d’une pièce originale utilisée par la BBC en 1940 et c’est ce type de micro qu’a utilisé le Général de Gaulle lors de son appel du 18 Juin. (collection du Musée de Radio France, photos JJ Wanègue)

Combien sont-ils ces Français à entendre cet appel d’un général qui, pour la plupart, leur est totalement inconnu ? On ne le sait pas.

Malgré l’existence de plus de 6 millions de récepteurs dans les foyers, soit presque un foyer sur deux, seule une partie de la population est en mesure d’écouter la radio à ce moment là, l’autre partie étant plongée dans le dénuement et le chaos inextricable de l’exode. Mais le bouche à oreilles fait son œuvre et plusieurs journaux publient le lendemain des extraits de l’appel. Les 19 et 22 Juin, le général s’adresse de nouveau aux Français.

Aucun doute que pour Eugène Poirot, à la seconde où il entend ce message, sa décision est prise. Ni le combattant de la guerre de 1914-1918, ni l’homme de radio, ne peuvent rester insensibles à cet appel. L’école entrera en résistance. Dès les premiers mois d’occupation c’est là désobéissance à l’occupant qui veut contrôler l’enseignement.

C’est aussi l’organisation d’un réseau de résistance au sein même de l’école par Lucien Chrétien, directeur des études, et Mme. Suzanne Degoix, responsable du personnel administratif. Cette dernière devient agent de liaison. L’école est le siège de quelques réunions clandestines et fait office de boîte aux lettres à la disposition d’agents extrêmement actifs. On aide les réfractaires et les résistants.

Pour cela l’Amicale des Anciens Elèves met sur pied un service anti-STO. En établissant de faux états-civils et grâce à des filières permettant le passage de la ligne de démarcation, cette association permet à plusieurs centaines de nos compatriotes d’éviter un départ forcé vers l’Allemagne.

poste de marque INOVAT à 5 lampes

Ce poste de marque INOVAT à 5 lampes date de 1934. Il était la propriété de l’arrière grand-père de l’auteur de cette photo et c’est en Normandie que son aïlleul pu entendre sur cet appareil le soir du 18 Juin l’appel du Général de Gaulle. (photo/collection privée L. Le Davay)

En Février 1941, une ordonnance des autorités occupantes condamne l’école à supprimer ses cours d’opérateur et impose de larges amputations dans les programmes de cours industriels. Mais au nez et à la barbe de l’occupant, moyennant quelques manipulations pédagogiques, on arrive à enseigner les sujets interdits.

Certains élèves soucieux de ne pas ralentir leur apprentissage des techniques radioélectriques iront jusqu’à demander des cours très « privés » à des professeurs comme Jean Quinet. Un jour la gestapo vient rue de la Lune pour arrêter Lucien Chrétien. Eugène Poirot lui propose de fuir par une issue de secours. Le temps lui manque-t-il ou préfère-t-il se laisser arrêter pour éviter à l’école de plus graves ennuis ? On n’en sait rien.

Mais toujours est-il qu’il est arrêté et emprisonné. Durant tout son séjour à l’ombre le directeur le suivra sans discontinuer jusqu’à sa libération quelques mois plus tard. Son absence ne passe pas inaperçue, en particulier à l’école des Orphelins Apprentis d’Auteuil. Là, comme le raconte dans son récit Yves Salmon alors apprenti à l’atelier de radio, on y construit des postes de radio pour la marque CARAC. Lucien Chrétien y intervient comme ingénieur conseil.

Un jour il vient avec des plans pour leur faire fabriquer des cadres de réception permettant d’éviter le brouillage et de capter clairement la BBC. Puis Lucien Chrétien ne réapparait pas.

On en conclut qu’il devait avoir des activités dans la résistance et que celles-ci venaient de lui imposer de se mettre au vert. Pour Mme. Suzanne Degoix les choses se passèrent différemment. Elle est dénoncée, emprisonnée et torturée par la gestapo. Mais elle fit montre d’un courage exemplaire et malgré les souffrances imposées elle trouva la force pour ne rien livrer de ce qu’elle savait et préserver ainsi bien d’autres résistants. En conséquence de quoi elle fut déportée au camp de Ravensbrück comme prisonnier politique. Elle n’en reviendra qu’en 1945. Connaissant le nom de la personne qui l’avait dénoncée, elle instaura à son retour un petit rituel.

Chaque année elle prenait la peine d’appeler cette personne pour lui dire combien elle pensait à elle et qu’elle se portait toujours fort bien. Tous ces faits sont fixés dans les trois Croix de Guerre décernées à Mme. Suzanne Degoix, à MM. Lucien Chrétien et Eugène Poirot. Il est évident qu’au travers de ces citations l’Ecole Centrale de TSF de la rue de la Lune se trouve honorée. Mais aux travers de ses élèves et anciens élèves elle sera encore maintes fois honorée comme l’attestent les quelques récits publiés dans le paragraphe suivant.

JJ Wanègue

Vous voulez réagir ou témoigner de vos propres expériences au sein de l'ECE ?

4 Réponses pour “L’Ecole Centrale de T.S.F., l’appel du 18 Juin et l’entrée en résistance”

  1. boucher dit :

    bonjour
    je possède une série de disque intitulé « metode de l’école pour l’enregistrement de la lecture au son par enregistrement phonographique. numéro 1 à 12.
    ils sont en plastique blanc avec comme inscription « le professeur inlassable ».
    ecole centrale de t.s.f.
    je voudrais avoir une estimation sur la valeur que peut représenter cette collection .
    merci

  2. JJ Wanègue dit :

    Cher Monsieur bonjour

    Je vous remercie de votre témoignage, et je dois vous avouer que je ne suis pas le seul à l’ECE, qui aimerait voir à quoi ressemble ces disques, et surtout les entendre.
    Je suis vraiment incapable de de vous donner une estimation quant à la valeur de cette collection. Et quand bien même j’en aurai une quelconque idée je ne me permettrai pas de communiquer une telle estimation sur notre site qui a pour vocation l’histoire de l’école. Le mieux serait que vous passiez une annonce sur un site spécialisé de vente aux enchères.

    Bien cordialement

    JJ Wanègue

  3. Js dit :

    Bonjour,
    je vous (re) signale une erreur dans : « Là, comme le raconte dans son récit Yves Salomon alors apprenti à l’atelier de radio, on y construit des postes de radio pour la marque CARAC. Lucien Chrétien y intervient comme ingénieur conseil. »

    Il s’agit de M. Yves Salmon (pas Salomon). Pour votre information, M. Salmon est décédé en septembre 2012 à l’age de 87 ans (http://www.pompesfunebresprioux.fr/Avis-de-deces). Son site Web est encore actif (http://papymac.free.fr/).

    Crdt

  4. jose dit :

    Réponse de JJW à JASON : le 17/03/2013

    Cher Monsieur

    Ce n’est que ce matin que j’ai pris connaissance du message que vous nous aviez laissé sur le site de notre école pour m’informer de l’erreur que j’avais commise dans l’orthographe du nom de M. Yves Salmon que je citais à propos d’un récit sur notre ancien professeur M. Lucien Chrétien.

    Sachez que suis peiné de découvrir cette erreur et de la confusion qu’elle a pu créer. Je vais donc procéder à une correction sans plus tarder.

    Mais ce qui me peine encore plus en vous lisant c’est d’apprendre que M. Yves Salmon est décédé en Septembre dernier. Je ne sais quel est le lien que vous avez avec Yves Salmon dont j’ai tant apprécié les récits qu’il a publiés sur son site. C’est donc avec bien du retard que je vous présente ainsi qu’à sa famille mes plus sincères condoléances.

    Encore une fois je vous prie d’accepter mes excuses pour cette erreur qui aurait dû être détectée et corrigée depuis fort longtemps. Savez-vous si au moins M. Yves Salmon avait pu prendre connaissance de ce texte où son nom était cité ?

    Surtout n’hésitez pas à me contacter si vous le jugez utile

    Bien cordialement

    José

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