Les débuts de la radio dans la marine

Camille Tissot et les débuts de la radio dans la marine en rade de Brest. Le sémaphore du Parc au Duc avec ses antennes radio au début du XXème siècle. (Collect. JJ Wanègue)

A l'été 1898, Camille Tissot, aidé par l'enseigne de vaisseau Matha, établit ce qui est la première liaison radio opérationnelle française en mer, entre le navire Borda et le sémaphore du Parc aux Ducs, à Brest (soit 1800 mètres). Sur cette photo on peut voir le sémaphore du Parc aux Ducs. Pour en savoir plus sur la vie et l’œuvre de Camille Tissot consulter le site : http://www.camille-tissot.fr/ (Collection historique JJ Wanègue).

En ce début de 20ème siècle les travaux s’activent sur ce qui n’est pas encore tout à fait la TSF afin de trouver à cette technique une application commerciale viable. Grâce à sa mère d’origine anglaise, Marconi trouve outre Manche un intérêt et un soutien financier qui seront décisifs. Il s’applique à améliorer ses liaisons pour augmenter les distances et en Décembre 1901 il met en place une expérience entre la station de Poldhu en Angleterre et le navire Philadelphia parti de Cherbourg et faisant route vers New York. Cette expérience permettra de démontrer qu’il est possible d’établir des communications avec un navire sur des distances supérieures à 2000 km.

Il est établi à partir de cette expérience qu’il devient possible de rester en communication avec un navire opérant une traversée transatlantique. Mais bien des progrès restent à faire. Ceci étant dès Février 1900 deux compagnies de ferry passent un accord avec la Wireless Telegraph Signal Company à qui Marconi céda ses brevets pour installer sur leurs navires un service payant de télégraphie sans fil sur les liaisons Douvres-Calais et Folkestone-Boulogne. Pendant ce temps en France Camille Tissot, alors lieutenant de vaisseau, mène de nombreuses expériences depuis 1896 en établissant différentes liaisons dans la rade de Brest pour créer en 1898 une première station de télégraphie sans fil.

Il s’en suit diverses expérimentations à partir des phares de la région et par décision ministérielle du 29 Mai 1899 il obtient de recevoir toutes facilités du port de Brest pour la poursuite de ses travaux. En 1905 il parvient à ce que l’on transmette depuis la Tour Eiffel les signaux horaires à destination des navires en mer. Cette décision constitue une étape décisive dans la marine car enfin les navires disposant à tout instant et par tout temps et en tout lieu de signaux donnant l’heure exacte, peuvent recaler leur chronographe et calculer avec précision leur position. De son côté le capitaine Gustave Ferrié alors directeur de l’école de Télégraphie du Mont Valérien où l’on enseigne la télégraphie par fil et la télégraphie optique, mais où l’on s’occupe aussi du transport de messages par pigeon voyageur, s’intéresse lui aussi au développement de la TSF.

Il rédige en particulier en Avril 1899 un rapport très documenté sur l’expérience de Marconi entre Douvres et Wimereux. Le ministre de la guerre, M. Freyssinet, lui demande s’il se sent capable d’étudier les applications militaires de ce nouveau moyen de communication sans avoir à recourir à une participation étrangère. Il répond positivement à cette sollicitation et s’installe dans un baraquement disposé au pied de la Tour Eiffel sur laquelle on accrochera les antennes. Le 8 Mai 1902, la radiotélégraphie militaire jouera un rôle important avec l’installation d’une liaison d’urgence entre la Martinique et la Guadeloupe lors de l’irruption du volcan de la Montagne Pelée, les câbles sous-marins ayant été rompus.

A cette époque de fortes pressions étaient exercées pour procéder au démontage de cet édifice. Finalement le 15 Décembre 1903 Gustave Eiffel propose de mettre gracieusement sa tour à la disposition du Génie militaire comme support d’antenne. C’est le 21 Mars que la réponse tant attendue arrive en provenance de la Direction du Génie qui accepte l’offre. La Tour Eiffel vient d’être sauvée, en fait momentanément car ce n’est qu’en 1909 qu’un accord définitif entre l’autorité militaire et la ville de Paris fut conclu. Dans l’intervalle la télégraphie sans fil a bien progressé et déjà de nombreux navires sont équipés pour pouvoir communiquer entre eux ou avec la terre.

La TSF n’est donc plus une curiosité scientifique mais un outil de communication à part entière. On décide donc d’abandonner les baraquements précaires pour une station en dur souterraine en 1909.

JJ Wanègue

Vous voulez réagir ou témoigner de vos propres expériences au sein de l'ECE ?

Témoigner