Les grands raids

1931/1932 : deux anciens de l’Ecole Centrale de TSF dans la Croisière Jaune. (photo composition à partir du magazine « Illustration » : Collect. JJ Wanègue)

Le 4 Avril 1931, le groupe Pamir, l’un des deux groupes de la Croisière Jaune, quittait Beyrouth pour rejoindre Pékin avec parmi les grandes difficultés de ce périple de 11 000 km le franchissement de l’Himalaya. Deux anciens de l’Ecole Centrale de TSF furent choisis pour leurs compétences pour cette mission unique en son genre : l’opérateur radio Eugène Schuller, et le chef opérateur son William Sivel. (document collection JJ Wanègue)

Durant les années vingt et les années trente l’homme va s’appliquer à raccourcir les distances pas seulement avec le bateau et l’avion. L’automobile est encore réservée à une certaine élite mais elle se doit de démontrer qu’elle est un prodigieux véhicule pour conquérir le monde en cette époque où les grandes nations administrent des colonies un peu partout et où sous couvert du progrès et d’une meilleure connaissance de l’humanité il n’est point de région qui puisse demeurer isolée. Sur certains territoires c’est l’auto qui précède l’avion pour repérer les terrains et les baliser, pour aménager les escales avec l’installation de postes de radio.

Entre 1922 et 1926 Renault et Citroën se livrent une concurrence acharnée pour imposer leur suprématie sur le continent africain. Sachant mieux exploiter les rouages d’une bonne communication André Citroën parvient à inscrire ses raids dans l’histoire, même si son concept de voitures à chenille s’avère beaucoup moins performant que celui de Renault avec ses six roues, toutes jumelées. Créée en 1919 tout comme l’Ecole Centrale de TSF, la firme aux chevrons passe une première fois à la postérité avec la traversée du Sahara. Puis c’est la mission Centre-Afrique, plus connue sous le nom de la Croisière Noire, qui conduit ses véhicules depuis Colomb-Béchar jusqu’à la ville du Cap en Afrique du Sud pour ce qui est du groupe IV. Mais l’empire colonial français c’est aussi Madagascar, alors on embarque les véhicules pour Tuléon alors que les trois autres groupes arriveront par le port de Majunga, avant de tous converger par la route vers Tananarive.

Mais parmi tous ces raids celui qui va l’emporter dans le cœur du public et dans celui de l’Ecole Centrale de TSF c’est la Mission Centre-Asie que l’on appelle aussi la Croisière Jaune et qui verra la traversée de part en part du continent asiatique entre Avril 1931 et Février 1932 avec des voitures à chenille. Cette mission est composée de deux groupes. Le groupe Pamir doit se rendre de Beyrouth à Pékin en passant par Turpan dans le Sinkiang où il doit faire la jonction avec le groupe Chine parti de Tien-Tsin situé au sud de la capitale de l’Empire du Milieu.

Durant cette épopée la TSF jouera un rôle important en raison des conditions politiques difficiles rencontrées en Chine. Les opérateurs radios ont dû faire des prouesses et multiplier les ruses pour garder le contact avec l’organisation de la mission alors que la région du Sinkiang connaît la guerre civile et que le groupe Chine est fait prisonnier. Dans le groupe Pamir on trouve un ancien de l’école qui en tant qu’opérateur radio a déjà vécu bien des aventures dans les mers australes. Il s’agit d’Eugène Schuller. Tout juste libéré de ses obligations militaires il embarque sur un cargo, le Lozère, qui est en fait un petit navire usine aménagé pour la chasse aux phoques dans les îles Kerguelen.

Le 10 Février 1928 le cargo fait naufrage dans le détroit de la Gazelle en venant s’encastrer sur une pointe rocheuse non signalée sur les cartes. Impossible de se sortir de ce piège. On évacue le navire et ce qu’il reste de vivres. Sur ordre du commandant, Eugène Schuller envoie un QST pour demander aux navires croisant dans les parages de rester à l’écoute car le Lozère est en situation dangereuse. Et voici tout l’équipage naufragé sur un îlot perdu. Après plusieurs jours le vapeur anglais Kildakey arrivera jusqu’au lieu du naufrage pour recueillir les 60 marins qui ne reviendront pas de si tôt se livrer à cette chasse barbare.

De bourlingueur des mers Eugène Schuller devient bourlingueurs des terres alors que les responsables de la Croisière Jaune viennent de le choisir parmi de nombreux candidats prêts à se lancer dans ce raid. Il va retrouver dans ce groupe Pamir un autre ancien de l’école qui n’est pas opérateur radio. Il a une formation de technicien et est le plus jeune de toute l’équipe. Il est engagé en tant que chef-opérateur son pour les tournages cinématographiques aux côtés du réalisateur André Sauvage. Ce tout jeune ingénieur du son s’appelle William Sivel. Il fera une belle carrière et peut-être que cette aventure motorisée avait quelque chose de prémonitoire puisqu’en 1953 on le retrouvera comme ingénieur du son sur le tournage du « Salaire de la peur ».

JJ Wanègue

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